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Jazz et monde parallèle

Le RégentJe suis toujours à la recherche de petits concerts sympas sur Bordeaux et j’aime donc, en début de mois, lire « club et concert »… Tout ça est ma foi très banal !

Mais voila, dans celui du mois de novembre, je vois qu’un concert de piano jazz solo se prépare au Grand Hôtel « The Regent »  de Bordeaux ! Une soirée concert pas comme les autres s’annonce donc…

Aller se renseigner sur place me parait inévitable, au moins pour éviter un concert à 70 € l’entrée, vu l’endroit…

Si vous connaissez Bordeaux, vous avez forcement déjà entendu parler du Grand Hôtel, le seul hôtel 5 étoiles du sud-ouest avec celui de Biarritz, qui se trouve place de la Comédie et dont la porte est constamment gardée par un portier bien droit, arborant fièrement son chapeau tricorne ! Son rôle est principalement de décorer mais il doit aussi éviter que les petits rigolos ne viennent squatter son prestigieux motel !

Alors, quand on n’a pas l’air du fils d’un roi du pétrole, il est très vite méprisant. En effet, il nous regarde comme des moins que rien en nous barrant l’entrée et en essayant de nous renseigner lui-même, mais c’est impossible, il est juste portier, ne l’oublions pas !

Nous, un ami et moi, obtenons donc le droit de rentrer mais seulement dans la conciergerie et pas plus loin ! Le concierge nous explique très calmement, mais sur le même ton que le portier, que le concert sera gratuit, qu’il s’agit d’un programme régulier de jazz et qu’il serait « très préférable » de nous habiller un peu mieux…

Samedi soir, vêtue du costume adéquat avec, en poche, un bille seult de 10 € en espérant qu’il suffise pour consommer un peu, me revoilà dans l’enceinte du palace, à la recherche du bar « Victor Hugo », où se dérouleront les festivités… Quand je le trouve, j’ai devant moi une salle très jolie, très bien décorée, mais totalement vide, à part les serveurs et le pianiste qui prend une pause.

Une fois avoir pris place, je commence à étudier la carte, présentée comme un petit livre et avec comme introduction une citation de Victor Hugo : « Prenez Versailles et mêlez-y Anvers, vous avez Bordeaux. ». Interprétez-la comme vous le voulez… La carte est très riche, proposant un large choix d’alcools de luxe et une section « Signatures Cocktails » permettant de déguster le verre préféré de Boris Vian ou Albert Camus, entre autres. Mais si on veut goûter à ces mixtures, il faut débourser 17 €, ce qui est tout de même conséquent…

Le pianiste commence à jouer, la salle se remplit peu a peu,  mais sans jamais être vraiment entièrement pleine.

Le jeu du pianiste, Darius Oliver Jahanpur, est très technique mais très agréable, le feeling est excellent, mais dans la salle personne n’écoute. Il joue avec sa partition, dans un coin, et participe à créer une ambiance, mais personne ne réagit, les morceaux se suivent sans que personne ne se manifeste.

L’ambiance n’est donc pas du tout au jazz, mais plutôt à la séduction, pour les jeunes filles au bras de très chics messieurs….  qui pourraient être leurs pères, ou à la dégustation, pour un couple d’anglais, de plusieurs flûtes de Veuve Clicquot…

Globalement, l’ambiance est donc très guindée, on ose à peine parler. A la pause clope du pianiste, nous l’abordons pour en savoir un peu plus sur ces soirées ;  il nous explique que l’hôtel cherche à “démocratiser” le café « Victor Hugo », c’est pourquoi il a mis en place un programme permanent de concerts, mais que, lui, a été envoyé ici par l’entreprise pour laquelle il travaille : « endless jazz » et qu’il ne prend aucun plaisir à jouer dans cette ambiance ; il a l’impression de faire office de disque d’ambiance. Malgré cela, il reconnaît avoir eu, certains soirs, un public sympathique, réceptif, mais que la plupart du temps il considère ces concerts comme un exercice et un moyen de le faire progresser afin de pouvoir créer son propre répertoire et monter seul sur scène.

Vu son niveau, vivement un vrai concert, dans lequel on pourrait vraiment apprécier sa musique !

En sortant de l’hôtel et en marchant dans la rue Sainte Catherine, on ressent à quel point on était dans un monde différent, fermé… mais, après tout, lequel est le meilleur ?

Pour les amateurs, voici le programme permanent : tous les mercredis, jeudis, samedis, piano solo de 19h à 21h et de 22h à minuit, Tous les vendredis, jazz trio de 22h à 1h.

Par Antoine

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7 Commentaires

  1. Mes deux colocataires sont « portiers » au Régent. (En passant la vraie désignation du métier c’est « voiturier-bagagiste ».) Rassure toi, une fois qu’ils ont quittés leur uniforme et leur tricorne (qui les rend particulièrement ridicules…) ce sont des gens normaux. :)
    Mais il est vrai que l’ambiance Regent n’a rien à voir avec une soirée isic… 5 étoiles oblige.

  2. L’article tant attendu ! Pour un premier il est plutôt chouette =)
    Et maintenant que je connais enfin le contenu de cette soirée je ne regrette en rien de ne pas être venu. C’est effectivement un monde parallèle, un monde très peu accessible…

  3. Sinon, pour des concerts sympas avec une vraie ambiance jazzy, je vous conseille Le Port de la Lune/Comptoir du Jazz. Programmation top moumoute en général, j’ai découvert quelques petites perles là-bas personnellement.

    « L’abus de jazz est recommandé pour la santé » : http://www.leportdelalune.com/jazz.htm :)

  4. Très heureux de lire cet article!
    Je garde un bon souvenir de cette soirée étant donné qu’elle nous a permis de découvrir une partie « cachée » de Bordeaux!
    Je trouve que tu résume parfaitement le sentiment général qu’on a pu en tirer!
    En attendant tes prochains écrits…

  5. Je serais d’opinion, d’organiser, pôle culture, une petite sortie pour écouter ces pauvres jazzman esseulés au sein de l’ISIC histoire de décoincer ce monde parallèle!

  6. Ma chère Alinou, je te propose mon propre groupe de Jazz : Yezz Ornon. Nous nous produisons samedi 12 décembre au soir au baryton, c’est un bar à Lanton. ça fait un peu loin, mais bon…
    et avant que le grand Pakito me censure pour commentaire à caractère publicitaire, je dois avouer que c’est abusé ce monde parallèle pourtant bien réel. Notre groupe avons souvent servi de « musique de fond » pour des soirées mondaines dans les châteaux de vin du Bordelais.

  7. et pour le pôle culture si ça intéresse, se renseigner pour un partenariat avec l’asso « jazz in Mercure » qui propose des concerts bien plus pro que mon ptit groupe local.

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