On a subi la Russie profonde juste pour voir une fichue église en bois | N'infoblog

N'infoblog

Le journal qui ne pense qu’à ça !

// Article

On a subi la Russie profonde juste pour voir une fichue église en bois

Ou le récit d’une excursion sur l’île de Kiji

En septembre dernier, avec deux amis, nous avons décidé de partir en Russie seulement armés de trois guides : un Guide Vert, un Routard, et un mini dictionnaire de conversation. Les bouquins ont leur importance. Ils ont déterminé nos visites et c’est à cause d’eux que nous nous sommes retrouvés à passer deux jours dans une froide ville de Russie profonde où aucun touriste ne vient jamais et où les habitants ne savent même pas s’il y a un hôtel.

Je m’explique : un des membres de notre glorieuse équipée voue un culte effarant au Guide Vert, au point de nous faire faire toutes les balades écrites dedans. Ceci passe encore. Ce qui est autrement plus grave, c’est que ledit gus, en étudiant son précieux guide avant le voyage, a lu que l’île de Kiji, c’était vraiment magnifique et qu’il fallait absolument y aller. L’Île de Kiji, c’est un petit bout de terre au milieu du lac Onéga (qui est le deuxième plus grand lac d’Europe) à 1000 km au nord de Moscou (très haut sur la carte donc) où il y a une vieille église toute en bois avec plein de clochers et qui est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Super, mais il y a déjà assez de bâtiments religieux reconnus par l’UNESCO à Moscou et à Saint Pétersbourg, pourquoi aller en plus à Kiji, alors que c’est super loin ? Ouais mais voilà, « il y a marqué trois étoiles sur le Guide Vert, allez on va à Kiji, faites pas les relous ». Cédant à la pression, nous avons décidé d’aller à Kiji, et c’est ici que la grande aventure commence. (Bon, pour être honnête elle avait déjà commencé quand nous avions fait du babyfoot dans un bar avec des russes douteux à Saint Pétersbourg. Et ça avait déjà démarré aussi à notre arrivée à quatre heures du matin à Moscou quand nous avions passé la matinée à marcher avec nos sacs à dos trop lourds, après une nuit blanche, et que nous avions vu un lever de soleil sur la Place Rouge déserte. À moins que l’aventure ait commencé à Frankfort pendant qu’on visitait l’aéroport pendant notre escale… Mais ce sont d’autres histoires.)

Revenons donc à KIJI. Un problème se pose d’emblée : comment s’y rendre ? Là encore, nous nous sommes fait entuber par le Guide Vert. Qui lit les pages « Croisières » du guide à part les adultes riches qui ont un salaire et peuvent se payer une croisière qui passe par le lac Onéga ? Personne à part mon pote. Le livre disait, en gros, que « la plupart des circuits proposent une étape à Kiji qui vaut trois étoiles, il faut absolument y aller ». Et nous les étudiants à petit budget, nous avons dû faire ça autrement, et ce n’était franchement pas facile. Il existe un port sur le bord du lac Onéga qui propose plusieurs bateaux-navettes pour aller à Kiji dans la journée. Ça s’appelle Petrozavodsk. C’est une ville de la Russie profonde, où il n’y a strictement RIEN à faire, et nous y avons passé deux jours de notre vie (c’est énorme) juste à cause d’une île qui avait trois étoiles. Déjà, il faut y aller à Petrozavodsk : se rendre à la gare de Saint Pétersbourg, réussir à faire comprendre à l’austère fonctionnaire (comme par hasard ça rime) derrière son guichet qu’on veut aller dans telle ville tel jour et à pas cher, spasiba bolchoi. Une fois les billets en poche (nous nous en sommes sortis pour 20 euros par personne environ, ce qui n’est pas trop mal) on va dans la nouvelle gare hi-tech (ou presque) de Peter et s’installe dans un train de nuit. C’est plus ou moins sympa selon où on est placé. Pour aller à Petrozavodsk c’était vraiment chouette car nous avions un compartiment (qu’on ne ferme pas) pour nous trois avec des couchettes superposées, un matelas qui se déroule, des draps propres (ils sont emballés dans du plastique) et une petite table pour écrire les cartes postales. Ce n’est pas très confortable mais le train ça berce, et puis en huit heures et quelques de trajet (pour 400 km), on a largement le temps de trouver le sommeil, d’autant plus qu’il n’y a rien d’intéressant à voir par la fenêtre : des bouleaux, des bouleaux, des bouleaux. J’adore l’ambiance particulière des trains russes et je les recommande à quiconque va un jour dans ce grand pays. C’est retro à souhait.

Gare de Petrozavodsk, pour l’instant c’est un sans faute. Il s’agit maintenant de trouver l’auberge de jeunesse et de prier pour qu’il y reste des places. D’après internet, il n’y a qu’un hostel ici, et il s’appelle Hostel Petroavodsk, ce qui n’est pas commode pour demander des renseignements aux gens (« Petrozavodsk ? Oui vous y êtes »…). Il n’y a pas d’adresse pour l’auberge, nous avons dû seulement deviner à l’aide de la vue satellite de Google maps. Apparemment ce serait à côté du (modeste) stade. Nous tournons une bonne heure autour de celui-ci, il y a un grand terrain vague avec des petites barres d’immeubles en préfabriqué, c’est plutôt glauque, et ce n’est pas l’hôtel. Il faut donc demander aux rares passants, car les rues ici sont très peu fréquentées. A Petrozavodsk, les gens ne parlent pas vraiment anglais, encore moins qu’à Moscou ou St Pétersbourg, mais en revanche, ils sont beaucoup plus posés, font l’effort de parler davantage, et sont de manière générale beaucoup plus chaleureux que dans les deux plus grandes villes de Russie. C’est appréciable après une dizaine de jours passés en pleine agitation à côté de Russes à l’air franchement renfrogné (ils ne sourient jamais, ou si peu). Mais ce n’est pas parce que les habitants sont plus sympathiques qu’ils nous sont d’une grande aide. On finit par aller au grand hôtel chic qu’ils nous indiquent tous, et là la réceptionniste super sympa nous explique comment aller chez son homologue pour les petites bourses. On arrive enfin à l’auberge de jeunesse deux heures après notre arrivée à Petrozavodsk, alors qu’elle n’est qu’à cinq minutes de la gare. C’est l’hostel le moins miteux de notre séjour, le seul inconvénient c’est que les douches sont de grandes pièces communes, vous savez, comme dans les salles de sport. Heureusement, il n’y a quasiment personne à l’hôtel, juste quelques hommes d’une quarantaine d’années, sûrement là pour affaires, car je refuse de croire que les gens viennent à Petrozavodsk volontairement (à part nous trois).

Une fois la logistique à Petrozavodsk réglée, il ne reste plus qu’à aller au port pour trouver les navettes allant à Kiji. Nous descendons une rue aux bâtiments assez défraichis et laids qui va directement au lac. C’est la première fois que l’on voit quelque chose de beau ici. Le lac Onéga est vraiment magnifique, même par temps gris. C’est grand, on n’en voit qu’une infime partie, et, je déteste ce que je vais dire parce que je trouve cela cliché mais, c’est apaisant. En revanche, à part le petit kiosque mignon que vous pouvez voir sur la photo plus haut, les abords du lac sont désolés. Il y a un mini parc d’attraction abandonné, un triste bâtiment gris indiquant le nom de la ville, et, curiosité, une boîte qui a l’air toute récente et s’appelle Das Kapital, parce que nous sommes dans la rue Karl Marx, évidemment.

Au terminal des bateaux-navettes, nous découvrons que finalement nous ne sommes pas les seuls touristes ici. Il y a aussi une famille de Chinois qui mange des bouts de poissons séchés en sachets, nourriture a l’air abominable qu’on trouve dans les supérettes un peu partout en Russie. Le prix de l’aller-retour dans la journée pour Kiji est extrêmement cher, et représente environ un tiers de ce que j’ai dépensé les dix jours précédents dans deux grandes villes. cinquante euros pour une ballade en bateau alors qu’on a payé un Moscou-Saint Pétersbourg douze euros ? C’est scandaleux ! Mais ce n’est pas comme si nous avions le choix, si nous sommes venus dans ce trou, c’est pour aller voir cette fichue île, alors nous payons. Le trajet dure à peu près deux heures, il fait très froid dans le bateau et ils passent à la télévision un film complètement bizarre à un volume maximal. Dehors, on ne voit aucun rivage, c’est comme si nous étions en pleine mer tant ce lac est immense, d’ailleurs il y a de grosses vagues qui rappellent l’océan et s’écrasent sur la navette.

Kiji. Enfin. C’est la première et seule fois du séjour que l’on se retrouve vraiment dans la nature, loin des villes archi industrielles. Une grande bouffée d’air frais. Il y a tout un archipel de petites îles magnifiques, où ça et là on aperçoit des maisons éparses ressemblant à des habitations de pêcheurs comme on peut voir sur des photos de cartes postales de Scandinavie. L’île de Kiji, seulement longue de sept kilomètres, peut se séparer en deux : d’un côté le « musée » où ils ont transféré de vieilles chapelles et où les touristes rentrent à la queue leu leu, et de l’autre des landes où les habitants (une trentaine à peine, sûrement) ont installé leurs maisons. Il y a même un petit cimetière orthodoxe. On se demande de quoi vivent ces personnes, qui semblent coupées du monde. Nous préférons voir cette partie-là plutôt que les monuments attrape-touristes. La balade est plus qu’agréable, et nous ne regrettons plus du tout d’avoir fait tout ce chemin pour arriver ici.

Les quelques heures dévolues à la visite passent trop vite et il faut déjà rentrer, sans oublier avant de reprendre le bateau de prendre tout de même une photo-souvenir devant la fameuse église :

Le retour à Petrozavodsk est encore plus difficile, la ville semble encore plus laide et morne que lorsque nous sommes arrivés le matin. Il n’y a rien à faire pour s’occuper et il fait toujours aussi froid et gris. Nous arpentons les mêmes rues pendant la journée et demie qu’il nous reste à passer ici. Il y a une grande statue de Lénine et globalement, on voit plus de traces du communisme ici que dans les villes touristiques. En y réfléchissant, c’est aussi ce qui fait le charme étrange de la Russie. Ces traces d’un passé soviétique grandiloquent assez fascinant, ces barres d’immeubles qui vieillissent mal, ces petits lieux où l’on se réchauffe en mangeant des blinis et en buvant du mors ou de la vodka, cette étrange digestion récente de la culture de masse américaine qui fait que l’on peut voir dans des bars des jeunes à l’air de mafieux avec de beaux mullets regarder des clips de Michael Jackson… Vous pouvez trouver ça moche au premier abord, mais en rentrant vous regretterez ces endroits, cette Russie profonde que vous n’avez pas assez pris la peine d’étudier. Finalement, ce n’était pas une si mauvaise idée d’aller voir Kiji.

Marie H

Taggé avec: , , ,


1 Commentaire

  1. J’étais pas convaincue par la Russie mais vu comme ça , pourquoi pas =)

Laisser une réponse